Planning, équipe, budget… en Basket universitaire US : la vraie vedette, c’est l’entraîneur !

De plus en plus de joueurs de basket universitaire cèdent aux sirènes financières de la prestigieuse Ligue Professionnelle - la NBA (National Basketball Association) - avant la fin normale de leur cycle de 4 ans. Conséquence, le rôle de l’entraîneur évolue considérablement : il doit se muer en véritable chef de projet encadrant deux équipes – celle sur le terrain et celle qui est à ses côtés sur le banc – en prenant en compte une multitude de paramètres, comme l’organisation du calendrier, la gestion des joueurs et des intérêts financiers et la définition d’une politique sportive. Exemple avec John Beilein, coach de l’équipe des « Wolverines » de l’Université du Michigan.

Le planning

Le coach est tout d’abord amené à constituer son propre calendrier d’avant-saison : il doit trouver une quinzaine de matches d’entrainement à jouer de novembre à décembre. Chacun a son importance car les équipes qui participeront aux joutes finales universitaires sont celles qui affichent le meilleur « RPI » - « Rating Performance Index », indice prenant en compte le rapport victoires/défaites, avec un coefficient variant selon le « standing » des équipes affrontées, et cela sur l’ensemble des matches joués (préparation et saison régulière). De janvier à mars, se déroulent les matches de championnat puis, pour les meilleures, le tournoi final auquel sont conviées les 65 premières équipes de 1ère division.

Les Wolverines de l’Université du Michigan ont bien débuté leur saison avec 17 victoires et 1 défaite (au 17 janvier 2013), mais le chemin sera long (près de 40 matches) et chaque défaite pèsera lourd dans le RPI. La stratégie d’avant-championnat du coach est donc cruciale, car il lui faut trouver le bon dosage entre matches de prestige et matches contre des équipes moins bien classées, et entre rencontres à domicile et à l’extérieur. Le planning est donc un élément essentiel à la réussite de la saison.

Les équipes

La constitution de l’équipe peut également relever du casse-tête. Les changements de joueurs peuvent bouleverser une alchimie très délicate à obtenir. John Beilein, coach des Wolverines, a ainsi perdu le meneur de jeu Manny Harris en 2009, alors qu’il n’était que « junior », puis l’ailier Darius Morris. L’an passé, le meneur vedette Trey Burke a affiché sa volonté de partir également, avant de finalement se raviser.  Les universitaires n’étant pas payés, la tentation est forte de devenir pro et suivre l’exemple du célèbre LeBron James, passé directement du lycée aux Cavaliers de Cleveland et à la sélection nationale…

Tout l’art de l’entraineur consiste à trouver la bonne alchimie entre programmes de recrutement d’avant-saison et animation de l’équipe durant l’année. John Beilein pilote pour cela une équipe de huit assistants, chacun étant affecté à une mission sportive et logistique spécifique (repérage de talents, travail par poste, vidéo, administration, etc.). L’équipe a aussi un « directeur des opérations », lui-même ancien joueur et actuellement responsable des anciens, des relations avec les organismes publics, de la conception du calendrier et de l’organisation des camps d’entraînement dans lesquels seront détectés de futurs talents. Mais au final, les décisions reviennent à l’entraineur. Garant de la politique sportive, qu’il a définie dans le cadre d’un programme global courant généralement sur une période de 3 ans renouvelables, il rend des comptes au « Director of Athletics » de l’Université.

Le budget

D’autre part, les enjeux financiers sont importants : des bons résultats de l’équipe dépendent les droits télévisés reversées par la NCAA (National Collegiate Athletic Association). Celle-ci reverse 60% des sommes récoltées aux équipes de 1ère division ayant les meilleurs résultats sur une période de six ans. L’Université de Michigan a ainsi reçu plus de 25 millions de dollars en droits télé (Basket et Football). De quoi continuer à attirer 10 600 spectateurs en moyenne au Crisler Center. Cette visibilité est d’autant plus appréciable que les Universités américaines se livrent chaque année à une compétition féroce pour gonfler leurs taux d’inscription.

Un coach universitaire de renom peut gagner plusieurs millions de dollars à l’année. Lors du renouvellement de son contrat pour 3 ans, Beilein a touché 1,7 million de $ en 2010-11, chiffre passé à 1,8 million pour la saison en cours. Un salaire qui excède largement ceux d’un entraîneur de ProA (1ère division française) qui a toutefois beaucoup moins de responsabilités : l’entraîneur universitaire américain est un homme-orchestre qui mène un projet sportif revêtant de multiples facettes extra-sportives. Tour à tour responsable d’équipe, de planning, porteur de l’image de l’Université, il focalise aussi l’attention des médias qui décortiquent sa stratégie.

Cependant, la vie de coach n’est pas de tout repos. Avant même le début de la saison 2012-2013, 50 entraîneurs de 1ère division de NCAA ont été remerciés ou ont changé d’équipes, soit près de 1 sur 7. Le talent à un prix…

 Lire l’article (en anglais)

En complément : Le mode d’emploi de la NCAA, le détail du calcul du RPI et un exemple de projet sportif d’un club de basket clermontois.

A lire sur MyProjectCafe : « Gestion du changement : quelle approche pour fédérer les équipes » et « En avant la musique ».

 

Crédit photo : © ~lonely~ - Fotolia.com

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