L’open space, miroir des dérives managériales ?

Importé du monde de l’entreprise anglo-saxon, l’open space, ou vaste espace de travail partagé, est devenu le modèle dominant en France ces quinze dernières années. D’après une enquête TNS-Sofres de 2011, 60% des salariés travaillent en effet en open space aujourd’hui, les bureaux individuels faisant désormais figure d’exception – et parfois de Graal ! Mais pourquoi ce mode d’aménagement des espaces de travail a-t-il le vent en poupe ? Et quelles sont les conséquences humaines et managériales d’une telle organisation ? Car il y en a, bien entendu.

 

Si l’open space domine, c’est parce qu’il est économique avant tout. Moins gourmand en mètres carrés qu’un lot de bureaux cloisonnés, son expansion répond logiquement à la hausse des prix de l’immobilier. Mais un discours managérial s’est également élevé en parallèle, valorisant la transparence, les échanges favorisés par l’absence de cloisons, la communication supposément fluidifiée… L’open space serait donc favorisé aussi parce qu’il incite au travail en équipe et stimule l’esprit collaboratif.

 

De fait, un open space bien conçu peut permettre à une équipe restreinte (dix à quinze personnes maximum) de travailler efficacement ensemble sur un projet commun. Ceci à condition que l’espace en question soit bien conçu, réunisse intelligemment des compétences complémentaires, et recrée une zone d’intimité, au confort soigné, notamment en termes d’acoustique et de luminosité.

 

Surdimensionné, un facteur de stress ?

Mais à 30 ou 50 salariés, il est plus rare que le travail puisse réellement s’avérer collaboratif. Pire, les désagréments des trop grands open spaces sont bien connus : brouhaha, interruptions permanentes, déstabilisation, sensation d’être sous contrôle et surveillé, incitation au présentéisme… Alexandre des Isnards et Thomas Zuber ont d’ailleurs dressé un tableau édifiant de ces espaces hautement stressants dans leur livre « L’Open space m’a tuer » en 2008.

 

Ainsi pour Danièle Linhart, sociologue du travail au Cresppa-CNRS, l’open space dans sa version la plus négative cristallise les dérives du management moderne, qui place les salariés en « concurrence visible » les uns avec les autres et les fait travailler « à découvert », les contraignant ainsi à « se mobiliser et adopter les règles de l’entreprise ». Une façon de « planter le décor de la guerre économique », ni plus ni moins.

 

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En complément

Une interview d’Alexandre des Isnards, auteur de « L’open space m’a tuer »

 et le site dédié au livre.

 

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