Nippon ni mauvais

Les méthodes managériales japonaises ont longtemps été considérées comme des modèles par les entreprises du reste du monde. Si les travaux de William E. Deming sur l’amélioration continue ont été originellement mis en pratique avec succès par des entreprises japonaises pour démontrer les limites du Taylorisme, il semble qu’aujourd’hui le capitalisme nippon ait quelques peines à se réinventer, notamment face à la mondialisation. La fin d’un modèle très spécifique a-t-elle sonné ?

Depuis la fin dramatique de la Seconde Guerre Mondiale - les bombardements atomiques d'Hiroshima et Nagasaki auront tué plus de 200 000 personnes et la guerre aura dévasté le territoire  – les japonais ont lancé de vastes de projets de reconstruction qui auront contribué au renouveau du Pays du Soleil Levant. Symboles de cette reconstruction, le modèle japonais de management a longtemps été cité en exemple dans les entreprises des autres pays.



Responsabilisation des salariés et communication interne

Ce modèle de management, théorisé par l'économiste Masahiko Aoki  (né en 1938), est connu sous le nom de « modèle J ». Basé sur un héritage historique (paternalisme des dirigeants d’entreprise, poids des traditions jusque dans la culture de l’entreprise, …), il a institué un mode d’organisation particulier reposant sur la qualité et l’amélioration continue, la protection des salariés, la coordination horizontale, la communication interne, une forte culture d’entreprise et la responsabilisation de chaque employé. Les décideurs s’efforçaient avant tout de raisonner à long terme, notamment dans leurs relations avec leurs partenaires (banques ou sous-traitants). Les succès d’entreprises japonaises (Sony, Toyota, NTT, etc.) forment autant de symboles de l’innovation managériale des japonais, souvent imitée, mais rarement égalée.

A partir des années 90, ce système a été remis en cause par différents facteurs, dont notamment la mondialisation (mais aussi l’informatisation des processus, la détérioration du marché de l’emploi, la perte de confiance dans le pouvoir politique, et au final la fin annoncée d’un système garantissant un emploi à vie et l’avancement à l’ancienneté). Le modèle – reposant notamment sur des « Clubs » d’entreprises associées autour d’intérêts communs (les « Keiretsus » ), également appelés conglomérats et organisés autour d’un géant industriel ou financier et de nombreuses PME "associées" – était trop lourd et pas suffisamment souple pour lutter contre la concurrence internationale. Mais les premières tentatives de réforme (néolibérale) du modèle se sont soldées par des échecs (Nissan, Toyota) qui ont fait vaciller l’équilibre social historique du Japon. La crise économique, puis la catastrophe de Fukushima, ont rendu ce besoin de réforme encore plus impérieux. Là-bas comme en France, la question d’abandonner purement et simplement le modèle qui a fait le succès du pays, anime le débat politique.

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