Le mode projet a-t-il tué le travail ?

Avec le mode projet, on passe aujourd’hui plus de temps à définir des processus (c’est-à-dire à fixer les modalités permettant d’accomplir une tâche) qu’à accomplir réellement les tâches qui nous sont confiées. Au-delà des problématiques de productivité, il semble que la notion même de travail ait évolué du fait de l’avènement du mode projet. Tel est le constat d’un consultant en innovation et professeur à l'Ecole de guerre économique de Paris.

Le management en « mode projet » s’est progressivement répandu dans toutes les entreprises occidentales à partir des années 80 pour accroître leur réactivité face à des évolutions de marché de plus en plus rapides. En s’affranchissant des modes organisationnels hiérarchiques traditionnels (en pyramide) pour introduire un schéma organisationnel transversal (collaboration interfonctionnelle), le mode projet est réputé favoriser l’innovation et la création de nouveaux produits ou services, tout en facilitant le contrôle  des coûts.

 

Normaliser n'est pas innover

Pourtant, selon Michel Sasson, Consultant en innovation et Professeur à l'Ecole de guerre économique de Paris, la normalisation des processus freine la productivité. Selon lui, la mise en place par les entreprises de programmes de qualité (normes ISO) dans les années 80 a été rendue possible par la combinaison de la naissance d’un nouveau mode de management (le mode projet) avec l’apparition de technologies informatiques favorisant l’optimisation. Mais, à force de vouloir à tout prix formater l’ensemble de leurs processus, afin de les optimiser et de les rendre plus efficaces, les entreprises se retrouvent engluées dans une bureaucratie qui finit par tuer toute créativité : le temps auparavant consacré à la production se rétrécit (« Il n’y a plus d’espace pour produire »). Bien que la normalisation contribue à rassurer les dirigeants d’entreprise (la production est plus rationnelle), elle alourdit le travail des employés et surtout, en enlève peu à peu le sens.

Selon d’autres spécialistes, comme Sandra Enlart co-auteur de l’ouvrage « A quoi ressemblera le travail demain » http://www.amazon.fr/A-quoi-ressemblera-travail-demain/dp/2100588192, la plus grande individualisation du rapport au travail est une tendance positive : chacun devant inventer sa propre place dans le monde du travail, ce qui lui permet de valoriser ses propres forces. Michel Sasson répond que l’ensemble des processus étant formatés par avance, l’adaptabilité devient peu à peu impossible : nous sommes désormais habitués aux changements d’objectifs en cours de projets. Mais ces changements provoquent généralement l’abandon des projets, d’où des taux d’échecs de plus en plus importants. En conclusion, le mode projet n’est pas aussi adapté aux processus d’innovation qu’on voudrait le faire croire.

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En complément : une fiche de lecture sur l’ouvrage de Sandra Enlart et une tribune de Michel Sasson consacrée aux moyens de contourner la crise économique

A lire sur MyProjectCafe : « "Mode projet": au-delà de la mode… » et « Sommes-nous tous des chefs de projet ? »

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