Brésil 2014 : grand projet inutile ou locomotive économique ?

A quelques jours de l’ouverture de la 20ème édition de la Coupe du monde de football au Brésil, les questions économiques sont au centre des discussions, relayées par un mouvement de contestation qui ne cesse de prendre de l’ampleur. Explosion des budgets, retards dans la livraison des infrastructures, corruption et risques de manifestations… si le Brésil est le pays du football, sa coupe du monde pourrait rester dans l’histoire comme l’un des échecs les plus retentissants de l’histoire des projets sportifs. Décryptage sur un rythme de bossa nova.

Sous l’angle de la gestion de projets, la Coupe du monde 2014 c’est un budget initial de 3 milliards d’€ qui plafonne aujourd’hui à 11 Md€, sans compter les dépenses publicitaires prises en charge par l’état brésilien et évaluées à 4 Md€ supplémentaires. Sur ces 11 Mds d’€, 3,5 sont consacrés à la rénovation et à la construction de stades et 7,5 aux infrastructures, notamment de transports. Côté ressources, s’il est impossible de connaître le nombre exact de personnes qui auront participé à son organisation au sens large, on sait que plus de 12 000 volontaires se sont inscrits pour faire partie de l’aventure. Parallèlement, on compte déjà 8 morts sur les chantiers de « Brazil 2014 » (contre 2 en Afrique du Sud en 2010). Et côté délais, 2 stades et plusieurs aéroports ne sont pas encore terminés, sans parler des hôtels, ce qui inquiète les 600 000 touristes attendus pour l’événement.

 

Coupe du monde : un grand projet inutile ?

Face à de tels chiffres, le mécontentement gronde, non seulement chez les brésiliens (si en 2008, lorsque l’organisation de la coupe du monde leur a été confiée, ils étaient 80% à se réjouir, aujourd’hui ils sont moins d’un sur deux à se déclarer favorables à la tenue de l’événement dans leur pays), mais également à la Fédération internationale (FIFA) qui a parlé d’un « désastre » avant de réduire ses exigences en matière de cahier des charges.

 

Généralement pour justifier de telles dépenses, les Etats mettent en avant les recettes qu’un tel événement à rayonnement planétaire leur permettra de générer. Ainsi, les autorités brésiliennes avancent le chiffre de 3 milliards d’€ (comme en Afrique du Sud) de création de valeur, une croissance de 0,4% par an jusqu’en 2019 et de 600 000 emplois créés (dont la moitié sont des emplois temporaires). Parallèlement, une étude a révélé que la Coupe du monde augmente la fréquentation dans les stades du pays organisateur, ce qui se chiffrerait par un gain de 100 M€ dans les 5 ans à venir… En 2010, l’Afrique du Sud avait accueilli 309 000 touristes durant l’événement, qui ont dépensé 400 millions de dollars sur le sol Sud-Africain. La FIFA de son côté n’a pas le même genre de soucis de rentabilité : avec 2,1 Md€ de droits de transmission et 1,3 Md€ de droits de vente d’images, son bénéfice devrait comme d’habitude flirter avec les 3,5 Md€.

 

Le financement du budget de la Coupe du monde du Brésil est assuré à 94% par l’état brésilien (impôts et prêts de la Banque nationale d’investissement brésilienne). Sur les 12 stades construits pour l’occasion, seulement 2 ont bénéficié de fonds privés et ceux-ci ne représentent pas plus de 10% du budget total. Le Comité Olympique (CIO) qui a confié l’organisation des prochains Jeux Olympiques au Brésil (2016) commence à avoir des sueurs froides…

 

Enfin, toujours dans le domaine économico-sportif, Goldman Sachs a fait tourner ses algorithmes pour désigner le vainqueur de l’épreuve, qui serait le Brésil (48,5% de chances), devant l’Argentine (14,1%) et l’Allemagne (11,4%). Côté retombées, la bourse brésilienne pourrait profiter d’une hausse de 3,5% le mois suivant cette éventuelle victoire, mais la banque prévient : généralement le pays affiche une croissance de 4% inférieure à la croissance mondiale dans l’année qui suit un événement de ce type… On finirait par se demander à quoi sert une Coupe du monde que tous les pays s’arrachent, si l’on n’était pas tombé sur une vidéo d’Emmanuel Lechypre expliquant comment les responsables politiques profitent des bons résultats de leur équipe à une coupe du monde…

 

Lire l’article

 

 

En complément :

Le rapport de Goldman Sachs
et une projection sur les JO 2016 au Brésil

 

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et « Euro Foot 2016 : Comment la France a-t-elle été choisie ? »

 

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